Collections


Archéologie

Riche de plus de 1200 objets, la collection possède des bronzes égyptiens, grecs et romains de grande qualité et un ensemble d'amulettes composant l’une des plus riches collections au monde.

Idole féminine stéatopyge

L’homme de l’Antiquité évoluait dans un monde plein de dangers, gouverné par des dieux capricieux, à la fois bons et redoutables. C’est de cette inquiétude et des moyens de l’apaiser que témoigne l’essentiel des objets de la collection d’archéologie classique et proche-orientale. Ils nous viennent des civilisations grecque, italique, romaine et orientale, et des cultures environnantes.

 

La religion antique, fil rouge de la collection

La collection permet de comprendre les rapports qui unissaient les hommes et les dieux puisque l’on accède avec ces objets, à un monde céleste peuplé de dieux et de déesses. Ceux-ci constituaient le quotidien des Anciens – qu’ils soient grecs, étrusques, romains ou orientaux –, puisque pour eux, les dieux étaient partout.

Une collection qui reflète la diversité des dieux du monde antique

Apollon, Dionysos, les Castores, Zeus ou Poséidon : tantôt ce sont des dieux éphèbes, des kouroi, comme le buste de Dionysos Tauros (Alexandrie, IIe siècle avant n. è.) ou la statue en marbre du Dioscure du Cap d’Agde (IIe siècle de n. è.), tantôt ce sont des dieux patriarches, comme un Poséidon en bronze (Grèce, IIe siècle avant n. è.). On rencontre aussi la « Grande Déesse », cette divinité nourricière, déesse de la fécondité, protectrice des femmes et des enfants, dont les idoles stéatopyges sont des préfigurations, et qui s’appelle Aphrodite ou Vénus dans le monde classique, Astarté en Orient.

Des êtres charmants, certes, mais qui exigeaient continuellement des hommes prières, offrandes et nourriture sous forme de fumées d’animaux sacrifiés.

Statuette d'Aphrodite attachant son collier
Ex-voto en forme de poisson

Des ex-votos, vestiges des rituels destinés à amadouer les dieux

Invoquer les dieux, espérer d’eux une protection ou un bienfait, les remercier, étaient des actes qui rythmaient la vie des Anciens. Les ex-votos (offrandes offertes aux dieux dans l’espoir d’une faveur ou en remerciement d’un bienfait) forment une importante partie de la collection et datent principalement d’une période comprise entre le VIIe siècle avant n. è. et le IVe siècle de n. è. Ainsi par exemple, un poisson de bronze offert par un équipage à Apollon, en souvenir d’une pêche miraculeuse… Des patères d’argent, de bronze, grecques, romaines ou orientales évoquent les libations destinées aux dieux.

Les animaux, intermédiaires privilégiés entre les hommes et les dieux

Le sacrifice d’un animal était, dans l’Antiquité, le moyen idéal de mettre en œuvre cet échange de services entre les hommes et les dieux, principe de réciprocité que les Romains résumaient par la formule do ut des (« je donne pour que tu donnes »).

Béliers, chèvres, taureaux, chevaux ou lions : c’est quelques-uns des animaux de la collection qui étaient les intermédiaires privilégiés entre les dieux et les hommes, sous la forme d’ex-votos de bronze ou en terre cuite, ou encore de coquillages gravés, comme un Tridachne phénicien (VIIe siècle avant n. è.) ou un Pecten en argent (IIe siècle avant n. è.). De nombreuses amulettes protectrices, en pierres chatoyantes, évoquent les pouvoirs bienfaisants que les Anciens leur attribuaient.

Coquillage gravé
Relief au dieu Mithra Taurochtone

La collection, un reflet de l’évolution des religions antiques sur la longue durée

Sur la longue durée et sur des territoires aussi vastes que l’empire d’Alexandre, ou l’Empire romain, les dieux ont pu évoluer, en s’assimilant, en se superposant ou encore en se métissant : ces pratiques reflètent la capacité des religions païennes à accepter et à intégrer l’autre, voire à recréer des dieux nouveaux, et non à en détruire les cultes. Il y a aussi les dieux nouveaux-venus de l’Empire, comme Mithra (sur un relief romain du IIe siècle de n. è.) et ceux qui font de la résistance : Zeus Andreas (sur un relief dédicatoire anatolien, IIIe siècle de n. è.), qui témoigne, sous une forme modernisée, de la survivance de vieux cultes agraires locaux, ayant résisté à l’arrivée des dieux de l’Empire romain.

C’est de ces pratiques d’acculturation, d’assimilation et de syncrétisme que rendent compte de nombreux objets de la collection.

De prestigieux prédécesseurs

Plusieurs des objets de la collection ont appartenu à des personnalités célèbres, tous collectionneurs passionnés : Heinrich Schliemann, Émile Zola, Firmin Didot, ou encore Henri de Montherlant sont quelques-uns de ces collectionneurs dans la filiation desquels la Fondation Gandur pour l’Art est fière de s’inscrire.

Dr Isabelle Tassignon
Conservatrice des collections Archéologie et Ethnologie

L’Égypte, ou don du Nil, fut le berceau de nombreuses traditions rattachées aux trois grandes religions monothéistes – judaïsme, christianisme et islam – et est représentée majoritairement au sein des collections de la Fondation. Ceci n’est pas surprenant si l’on garde à l’esprit que nombre de pharaons de l’Égypte ancienne ont fasciné l’Occident : Khéops et sa grande pyramide de Gizeh, Thoutmosis III, souvent appelé le « Napoléon de l’Égypte » en raison de ses exploits militaires, le fastueux Amenhotep III souvent comparé à Louis XIV le Roi-Soleil, le couple royal rebelle formé par Akhénaton et Néfertiti, considérés par Sigmund Freud comme les premiers anticonformistes de l’histoire, Toutankhamon, l’enfant-roi dont la tombe a révélé d’incroyables trésors, Ramsès II dont l’impressionnant temple d’Abou Simbel impose toujours le respect, et bien sûr la légendaire Cléopâtre VII. L’Égypte a fasciné et captivé l’imagination des empereurs romains, des prélats et des princes européens du Moyen-Âge et de la Renaissance, et donné naissance à l’égyptomanie qui a envahi l’Europe au lendemain de l’expédition de Bonaparte au pied des pyramides.

Buste de Ramsès II

Exemples emblématiques de la sculpture égyptienne

Les connaisseurs d’art égyptien considèrent la sculpture comme son expression la plus aboutie parce qu’elle révèle au mieux le talent consommé de ses artisans. Malgré l’absence d’outils en fer, ceux-ci ont réussi à créer des œuvres d’art magistrales à partir d’un bloc de pierre, en polissant minutieusement les surfaces avec des abrasifs. Ils incisaient ensuite les détails et inscriptions dans la pierre. Parmi les chefs-d’œuvre de la statuaire d’Egypte ancienne présents dans les collections de la Fondation, on compte un buste emblématique de Ramsès II et la représentation en taille réelle d’une femme anonyme de rang royal qui était à l’origine représentée en train d’allaiter son enfant.

Reliefs et peintures murales : une source d’informations sur la vie des Égyptiens

Les représentations en deux dimensions qui ornent à la fois les temples et les tombes d’Égypte constituent une mine d’informations détaillées sur la vie quotidienne de l’époque. Un relief provenant certainement d’un temple disparu de longue date consacré à Thot, dieu du savoir et patron des scribes, comporte les titres et cartouches d’Alexandre le Grand, où l’on peut encore lire son épithète de « fils d’Amon ». Un examen récent a révélé d’imperceptibles traces de bleu égyptien, en plus des rouges et des jaunes visibles à l’œil nu. Les reliefs de la tombe de Niânkhnésout montrent des groupes de particuliers apportant différentes sortes d’offrandes pour son usage dans l’au-delà. Les plus beaux exemples de peintures murales funéraires datent de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire), comme l’atteste le relief représentant la dame Tjépou.

Vignette d'une peinture murale représentant dame Thepou
Le dieu dynastique Amon et ses baou (Bès panthée)

Des œuvres d’art en bronze qui démontre la maîtrise de ce matériau par les Égyptiens

Les anciens Égyptiens ont perfectionné le moulage d’objets en bronze avec la technique de la cire perdue, une technologie qu’ils ont transmise aux Grecs durant la première moitié du Ier millénaire avant J.-C. Une statuette de prêtresse, luxueusement incrustée d’autres matériaux, illustre ce savoir-faire, de même qu’un grand nombre de statuettes de bronze généralement datées de la Basse Époque. On peut aussi mentionner une figure composite combinant divers aspects de la divinité suprême Amon en tant que maître de l’univers.

Une collection unique de récipients en pierre

Puisque les anciens Égyptiens considéraient la pierre comme le plus durable de tous les supports à disposition de leurs artisans, tout objet taillé dans la pierre était censé être éternel. C’est pour cette raison que la pierre était le matériau privilégié pour la fabrication des récipients qui étaient souvent utilisés dans les rituels des temples ou, une fois remplis de victuailles et de précieux baumes et onguents, étaient déposés dans les tombes pour un usage éternel dans l’au-delà. La collection de vases en pierre égyptiens de la Fondation est unique en termes d’importance, de variété des profils représentés, de types de pierres utilisées et d’éventail chronologique. Les exemplaires en calcite de la période ramesside sont remarquables par leur décoration à l’encaustique, une technique où les pigments sont délayés dans de la cire fondue pour être appliqués sur la surface du vase. Certains sont aussi dorés et l’un de ces récipients possède des anses en forme de tête de gazelle, dont les cornes sont en bois.

Amphore aux cartouches de Ramsès II
Amulette en forme de canard

Les amulettes : différents matériaux selon les fonctions et significations

De toutes les civilisations de l’Antiquité, seuls les Égyptiens sont connus pour leur usage intensif des amulettes, utilisées à la fois par les vivants et les morts pour se préserver de tout danger, réel ou imaginaire. Ces talismans étaient fabriqués dans différents matériaux ayant chacun des propriétés magiques susceptibles d’améliorer leur pouvoir. Les amulettes de couleur verte et bleue dénotaient l’énergie, la force, le renouvellement et la régénération ; celles faites en or avaient des propriétés divines, et celles de couleur rouge, une connotation solaire. Parmi les amulettes de la Fondation se trouve un petit bijou inestimable en forme de canard fait de chrysoprase verte, une variété de calcédoine, et inscrit au nom de la princesse Néferourê, la fille d’Hatchepsout, sans doute la plus célèbre des femmes ayant exercé la fonction de pharaon.

Le Proche-Orient ancien également représenté dans la collection

Le Proche-Orient ancien a vu se développer différents horizons culturels successifs, le plus ancien étant celui des Sumériens, représenté dans les collections par une figure de fondation inscrite pour Ur-Nammu, premier roi de la troisième dynastie d’Ur, et par un clou de fondation inscrit pour Gudea, seigneur de Lagash. Les empires fondés par les Assyriens puis les Perses ont cédé la place aux conquêtes d’Alexandre le Grand, qui lutta contre le roi Poros dans le nord du sous-continent indien. Les conséquences de cette rencontre avec le monde grec ont laissé une telle impression sur les générations suivantes que l’art du Gandhara fut imprégné d’influences hellénistiques, comme on le voit avec la magnifique tête en terre cuite de Vajrapani. C’était l’un des plus anciens bodhisattvas du bouddhisme mahāyāna, qui du fait de sa force et de sa puissance fut associé à Héraclès, dont cette tête est aussi le portrait.

Figure de fondation représentant le roi Ur-Nammu portant un couffin sur la tête

Notre déontologie

En tant que membre de l’ICOM, la Fondation Gandur pour l’Art souscrit aux normes relatives à l’obligation de diligence en matière d’acquisition de biens culturels.

Dr Robert Steven Bianchi
Conservateur en chef
Conservateur collection archéologie